Comment sécuriser un système d’information sans bloquer l’activité métier ?

Pendant longtemps, la cybersécurité a été pensée comme une discipline à part.

Un domaine technique,   réservé aux experts, souvent  abordé sous l’angle de la contrainte : règles strictes, accès limités, procédures complexes. Dans de nombreuses organisations, elle a fini par incarner ce qui ralentit, ce qui bloque, ce qui complique.

Cette perception n’est pas née par hasard. Elle est le fruit d’années de dispositifs conçus avant tout pour réduire le risque technique, parfois sans réelle prise en compte des usages quotidiens, des contraintes opérationnelles ou des réalités humaines.

Mais ce modèle atteint aujourd’hui ses limites.

Car le système d’information n’est plus un simple support.

Il est devenu le cœur même de l’activité. Production, vente, relation client, finance, pilotage stratégique, innovation : tout repose désormais sur le numérique. Dans ce contexte, bloquer le SI, même partiellement, revient à bloquer l’entreprise.

La vraie question n’est donc plus « comment sécuriser davantage ».

Elle est bien plus exigeante : comment sécuriser un système d’information sans freiner l’activité qu’il soutient ?

Une cybermenace qui ne “ressemble” plus à une attaque

L’un des grands changements de ces dernières années tient à la nature même des cyberattaques.

Elles ne se manifestent plus nécessairement par un choc brutal, visible, immédiat. Dans de nombreux cas, elles s’intègrent silencieusement dans le fonctionnement normal du système d’information.

Les analyses de l’ANSSI montrent que les incidents récents exploitent de plus en plus des mécanismes légitimes : comptes valides, accès autorisés, outils standards, workflows habituels. L’attaquant ne force plus la porte : il emprunte les chemins normaux du SI.

Cette évolution est majeure.

Car ce qui est légitime pour l’outil est souvent indispensable pour le métier. Restreindre ces usages de manière indiscriminée n’élimine pas le risque : cela crée une tension directe avec l’activité.

C’est là que naît le malentendu fondamental entre sécurité et métier.

Quand la sécurité entre en collision avec le réel

Face à la montée des menaces, beaucoup d’organisations ont renforcé leurs dispositifs. Plus de contrôles, plus de règles, plus de validations. Une réponse compréhensible, mais dont les effets sont parfois contre-productifs.

Les données de Cybermalveillance.gouv.fr sont éclairantes. En 2024, plus de 420 000 demandes d’assistance ont été recensées, avec une augmentation notable chez les entreprises. Le phishing représente à lui seul 21 % des incidents déclarés dans le monde professionnel.

Derrière ces chiffres, un constat revient souvent : les incidents ne sont pas uniquement liés à un manque de sécurité, mais à une sécurité mal intégrée aux usages.

Lorsque les règles deviennent trop complexes ou trop éloignées du terrain :

  • Les mots de passe sont partagés pour “aller plus vite”,
  • Les fichiers circulent hors des canaux sécurisés,
  • Des outils non référencés apparaissent (shadow IT),
  • Certaines protections sont contournées par nécessité opérationnelle.

Ces comportements ne relèvent pas de l’irresponsabilité.

Ils traduisent une réalité simple : le travail doit continuer, même lorsque les outils de sécurité ne suivent pas le rythme.

Dans ce contexte, une sécurité trop rigide devient paradoxalement un facteur de fragilité supplémentaire.

Sortir du mythe du SI inviolable

Les cadres de référence actuels ont pleinement intégré cette réalité.

La directive européenne NIS2 marque un tournant clair : la cybersécurité ne se limite plus à empêcher l’incident, elle doit aussi garantir la continuité des activités essentielles.

L’ENISA insiste sur cette notion de résilience : la capacité d’une organisation à continuer à fonctionner malgré un incident, à en limiter l’impact et à restaurer rapidement ses services critiques.

Cela implique un changement profond de posture :

  • Accepter que le risque zéro n’existe pas,
  • Concevoir les systèmes pour absorber des chocs,
  • Identifier ce qui doit absolument rester opérationnel,
  • Prioriser la détection et la réaction plutôt que le verrouillage absolu.

Cette approche est aujourd’hui considérée comme plus réaliste, mais aussi plus efficace, dans des environnements numériques ouverts et interconnectés.

L’identité numérique, nouveau centre de gravité de la sécurité

Dans les systèmes d’information modernes, le périmètre n’est plus un réseau ou un site physique.

Il est porté par l’identité numérique des utilisateurs.

Les rapports internationaux convergent sur ce point. Le X-Force Threat Intelligence Index d’IBM identifie l’abus de comptes valides comme l’un des principaux vecteurs d’attaque. Une fois l’identité compromise, l’attaquant agit comme un utilisateur légitime, souvent sans déclencher d’alerte immédiate.

Mais renforcer la sécurité de l’identité ne signifie pas alourdir l’expérience utilisateur.

Les organisations les plus matures adoptent une approche fine et proportionnée :

  • Des droits strictement alignés sur les besoins métiers,
  • Des niveaux d’authentification adaptés à la sensibilité des actions,
  • Une automatisation des cycles de vie des comptes,
  • Des contrôles renforcés sur les opérations critiques, invisibles pour l’utilisateur.

Cette logique permet de réduire fortement les risques structurels, tout en préservant la fluidité des usages quotidiens.

Sécuriser en profondeur, pas en surface

Un autre enseignement clé des retours d’expérience concerne la place de la détection.

Le Data Breach Investigations Report 2025 de Verizon montre que la rapidité de détection est l’un des facteurs les plus déterminants pour limiter l’impact financier et opérationnel d’un incident.

La supervision continue et l’analyse comportementale permettent aujourd’hui :

  • D’identifier des anomalies subtiles,
  • De corréler des signaux faibles,
  • De contenir un incident avant qu’il ne se propage aux métiers.

Cette sécurité “en arrière-plan” est souvent mieux acceptée par les équipes, car elle protège sans perturber le travail quotidien. Elle accompagne l’activité au lieu de la freiner.

L’humain : faiblesse structurelle ou levier de résilience ?

On rappelle souvent que près de 90 % des cyberattaques impliquent un facteur humain (France Num). Mais cette statistique est souvent mal interprétée.

L’humain n’est pas le problème à éliminer.

Il est le point de contact entre le système et la réalité.

Lorsqu’ils sont correctement accompagnés, les collaborateurs deviennent au contraire des capteurs précieux : capables de repérer un comportement anormal, de signaler un doute, d’alerter rapidement. Les campagnes de sensibilisation courtes, régulières et concrètes, loin des discours anxiogènes, ont démontré leur efficacité pour réduire les comportements à risque et améliorer la détection précoce des incidents.

Une culture cyber efficace ne transforme pas les équipes en experts techniques.

Elle leur donne des repères simples, compréhensibles, applicables dans leur quotidien.

Sécuriser sans bloquer : un choix stratégique, pas technique

Dans un environnement numérique instable, la différence ne se fait plus uniquement sur la capacité à empêcher une attaque.

Elle se fait sur la capacité à continuer à fonctionner malgré elle.

Une cybersécurité bien intégrée :

  • Protège la continuité d’activité,
  • Sécurise la transformation numérique,
  • Renforce la confiance des clients et partenaires,
  • Soutient la performance globale.

Lorsqu’elle est pensée comme un ensemble cohérent, technique, humain, organisationnel, la cybersécurité cesse d’être une contrainte. Elle devient un facteur de stabilité et de confiance.

L’approche Synexie

Chez Synexie, la cybersécurité est abordée comme un équilibre vivant entre exigences métier, contraintes réglementaires et réalité opérationnelle.

Les dispositifs sont conçus pour s’intégrer aux usages, accompagner la transformation numérique et renforcer la résilience globale des organisations, sans figer leur système d’information.

Sécuriser, oui.

Bloquer, non.

Car un système d’information réellement sécurisé est avant tout un système qui permet à l’entreprise de continuer à avancer, même dans un environnement incertain.

En savoir plus

ANSSI – Panorama de la cybermenace 2024

https://cyber.gouv.fr/publications/panorama-de-la-cybermenace-2024

Cybermalveillance.gouv.fr / 17Cyber – Rapport d’activité 2024

https://www.cybermalveillance.gouv.fr/medias/2025/03/250327_RA_2024_SCREEN.pdf

ENISA – Threat Landscape & Resilience of Organisations

https://www.enisa.europa.eu/publications

IBM – X-Force Threat Intelligence Index 2025

https://www.ibm.com/reports/threat-intelligence

Verizon – Data Breach Investigations Report 2025

https://www.verizon.com/business/resources/reports/dbir

Commission européenne – Directive NIS 2

https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/policies/nis2-directive